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Respect. (do lat. respectu) s.m. 1.acte ou effet de respecter; 2.considération; estime; 3.déference; égard; vénération; 4.homenage; culte; 5.relation; référence.
Nous croyons que tout le monde doit être respecté pour son leur travail, ses attitudes, ses opinions, et ses options.
Rigueur. (do lat. rigore) s.m. 1.dureté; force; 2.fig., sévérité; ponctualité; exactitude.
Il n’y a pas de « plus ou moins nivelé », de « plus ou moins d’aplomb », de « plus ou moins propre » ou de « plus ou moins sûr », mais des « nivelé », « d’aplomb », « propre et sûr ». La rigueur se reflète sur nos procédés, sur les horaires et les règles à respecter. Être sévère, du point de vue des principes et de la morale, c’est être rigoureux.
Passion. (do lat. passione) s.f. 1.sentiment intense et également violent (d’affection, de joie, de haine, etc.) qui rend difficile l’exercice d’une logique impartiale; 2.objet de ce sentiment; 3.grande prédilection; 4.partialité; 5.grand chagrin; immense souffrance.
Sous le signe de la passion - texte du poète Regina Guimarães – c’est notre symbole. La Passion c’est avoir un grand enthousiasme pour quelque chose, c’est un état d’esprit favorable ou contraire à quelque chose.
C’est la sensibilité qu’un ingénieur ou un architecte transmet à travers une œuvre.
La Passion c’est se donner à un projet. La Passion est un état d’âme chaude.
Loyauté. (do lat. legalitate) s.f. qualité de loyal; fidélité; sincérité.
Respect des principes et des règles qui guident l’honneur et la probité. Fidélité à nos engagements et aux contrats assumés, présence de caractère.
Être loyal avec les partenaires d’affaires, qui dépendent de nous et dont nous dépendons. Être digne de confiance parce que nous sommes loyaux.
Solidarité. (do lat. solidare) s.m. 1.qualité de solidaire; 2.responsabilité réciproque entre des éléments d’un groupe social, professionnel, etc.; 3.sentiment de partage de la souffrance d’autrui.
Être solidaire c’est être ami, c’est tendre la main avec générosité authentique, c’est donner de la joie et de la chaleur à celui qui, d’une certaine façon, est marginalisé. Être solidaire c’est être plus humain. Une entreprise solidaire est reconnue comme une entreprise juste et qui n’est pas égoïste. Une entreprise solidaire est préférée dans les affaires. C’est une entreprise plus compétitive. Le volontariat un moyen qui sert la solidarité. C’est moderne, juste, cultivé, ami. C’est un geste noble et d’élévation morale.
Courage. (do lat. coraticum) s.f. 1.bravoure face à un danger; intrépidité; témérité; 2.force morale face à une souffrance ou un malheur; 3. [fig.] énergie dans l’exécution d’une tâche difficile; persévérance.
Le courage est essentiel à notre vie. Courage pour faire face para aux situations moins sympathiques sur les thèmes les plus difficiles, sans attendre des solutions survenant par hasard.
C’est une valeur que nous devons souligner par opposition à peureux, lâche et paresseux. Courage pour réagir à une critique, non pas avec une attitude de démotivation ou de tristesse, mais plutôt en cherchant le moyen et l’action pour dépasser la raison de celle-ci. Ce type de courage, qui est aussi un courage intellectuel, est recommandé.
Ambition. (do lat. ambitione) s.f. 1.désir ardent de richesse, d’honneurs ou de gloires; 2.expectative par rapport au futur; aspiration; 3.convoitise; cupidité.
Désir ardent d’atteindre un objectif déterminé. Ambition pour ne pas nous résigner. Ambition pour tirer le plus grand potentiel de nous-même. Ambition pour nous mériter. Ambition pour être des athlètes dans notre profession de haut niveau. Ambition pour battre nos marques. Ambition pour faire les meilleures affaires avec la valeur maximale grâce à la plus grande compétence et efficacité.
ESTHETIQUE. ESTHETIQUE (du grec aisthetiké, "sensible") n.f. 1. branche de la philosophie qui étudie la beauté et la nature des phénomènes artistiques ; 2. style propre à l'auteur, époque, etc. ; 3. harmonie des formes et des couleurs, beauté ; 4. ensemble de techniques et de traitements qui visent à embellir le corps.
Nous avons choisi de fonder l’économie de l’entreprise sur une image cultivée, cosmopolite et cool. Parce que c’est une façon d’être avec du charme. Bon goût parce que nous somme durables et respectons la planète. Bon goût parce que nous sommes sensibles. Bon goût parce que.
Responsabilité. (do lat. respondere) s.f. obligation de répondre de ses actions, de celles des autres ou des choses confiées.
Nous devons être sûr que, face à un choix, nous choisissons ce qui est meilleur pour les deux et non uniquement ce qui est meilleur pour chacun. Chaque collaborateur est responsable de son activité négociée et co-responsable si le collègue ne respecte pas la sienne, empêchant l’objectif commun. Une équipe c’est l’ensemble – le tout. Dans le jeu entrepreneurial, comme dans le social ou le familial, tout le monde doit respecter sa position relative et doit contribuer à ce que, par omission, nous ne permettions pas que l’un des nôtres ne soit pas l’un des nôtres.
VISÃO
« Les villes d’aujourd’hui sont pleines de murs », déclare le président du groupe DST dans cette interview accordée à VISÃO. Abattons donc ces murs, en commençant par un grand espace artistique né à Braga, dans un complexe industriel qui s’est rempli d’art contemporain. Le Muzeu, Pensamento e Arte Contemporânea DST se veut un hommage à l’ouvrier José Teixeira, 60 ans, président du groupe d’ingénierie et de construction DST, qui apprécie l’art qui demande du travail pour être dévoilé. « Je ne fais de cadeaux à personne », dit-il à propos des œuvres que l’on découvre au Muzeu, Pensamento e Arte Contemporânea DST, qui sera inauguré le 25 avril. L’exposition inaugurale, que l’on peut visiter jusqu’au 23 octobre 2027, porte d’emblée ce titre provocateur : Soyons réalistes, exigeons l’impossible, devise des mouvements étudiants de mai 68.
« Je ne veux pas de choses simples, de choses évidentes, déjà épluchées. J’organise ici, dans l’entreprise, des cours de philosophie depuis sept ans, toutes les semaines, où nous étudions les auteurs les plus complexes, les phénoménologues, l’esthétique philosophique d’Adorno, de Wittgenstein, et tous les travailleurs comprennent. Les gens aiment les choses difficiles, c’est un défi. Avec l’art, c’est la même chose », poursuit-il, emporté.
Installé dans l'ancien palais de justice de Braga, dans le centre historique de la ville, le Muzeu a été conçu par l'architecte José Carvalho Araújo. Sur quatre étages se répartit une collection de plus de 1 500 œuvres de 240 artistes nationaux et internationaux, parmi lesquels Pablo Picasso, Anselm Kiefer, Paula Rego, Pedro Cabrita Reis et Julião Sarmento.
L'architecture respecte l'esthétique industrielle et reste fidèle à l'environnement industriel, en harmonie avec la philosophie de la DST. Elle fait entrer l'esprit du campus dans la ville, dans une continuité discrète et silencieuse qui permet aux œuvres de « respirer ». L'espace privilégie le silence et la contemplation, en intégrant le patrimoine matériel et immatériel de la ville : muraille médiévale, ancien puits et éléments historiques. Les portes, ornées d'une intervention en bronze de José Pedro Croft, évoquent des souvenirs. On y trouve des références à la cathédrale de Florence et une forte cohérence architecturale. Le parcours s’étend de la Praça do Município (entrée) à O Campo da Vinha (sortie).
Helena Mendes Pereira, directrice et conservatrice du Muzeu, nous explique l'organisation de l'espace, qui commence au niveau -1 sous le thème « Éloge du travail ». On établit ici un lien direct avec le campus de la DST, dans une relation entre l'art et l'industrie où la valorisation du travail occupe une place centrale. Au rez-de-chaussée, la « Praça » évoque une place publique, renforçant l’idée de croisement de personnes, comme dans un espace urbain. Elle comprend des cours qui dialoguent avec le quotidien, comme les balcons où est suspendu du linge. Quant au premier étage, « Corps, Poésie et Protestation », il est marqué par la politique, lieu où sont abordés des thèmes tels que le féminisme, le néocolonialisme, l’identité et la protestation. On y trouve des artistes tels que Pablo Picasso, Nan Goldin, Candida Höfer, Rui Chafes et Alberto Carneiro. Il comprend également le noyau d’artistes fondamentaux de la collection, comme Alberto Péssimo. Le 2e étage, « L’âme de la maison », présente des pièces de la collection personnelle de José Teixeira, et se distingue par une salle dédiée à Anselm Kiefer, avec huit œuvres. Enfin, le 3e étage, « L’infini et au-delà », comporte un escalier en béton qui s’étend symboliquement vers l’infini, menant à un espace de réflexion. On y trouve un auditorium de 150 places. Les fenêtres offrent une vue sur Braga, renforçant le lien entre le musée et la communauté. Le projet est né de la volonté de redonner de la richesse à la ville où est né Domingos da Silva Teixeira, père de José Teixeira et fondateur du Groupe DST. Entre les travaux et la collection, la société mère a investi environ 40 millions d’euros dans ce lieu. « Si, dans 50 ans, on demande qui étaient ces types, je veux qu’on pense que nous étions ceux qui croyaient en l’importance des arts, de la culture, de la philosophie et des sciences humaines pour le développement de l’économie », déclare José Teixeira.
Après tout, nous sommes dans une entreprise tout à fait singulière, où l’on pratique « une sorte de capitalisme populaire », comme l’appelle le président, avec des associés et des travailleurs. Sur le campus de la DST, d’une superficie d’environ 100 hectares, on trouve des pavillons conçus par des architectes de renom, tels que Siza Vieira, Souto de Moura et Norman Foster. L’espace est traversé par des jardins agrémentés de sculptures, comme Le Mémorial du travail des enfants, de José Pedro Croft, la chapelle de l’architecte Nuno Capa, Son, de Pedro Tudela et Miguel Carvalhais, l’une des dernières œuvres de l’Américain Ronald Rael, ainsi que des citations de poètes et d’écrivains. Un environnement source d’inspiration constante pour près de trois mille travailleurs, qui ont également à leur disposition des cours de philosophie, des sorties au théâtre et d’autres programmes culturels.
« L’Europe a besoin d’un nouvel siècle des Lumières, où la dimension sociale doit revêtir une autre forme de beauté, car il ne peut y avoir de tels écarts entre pauvres et riches, entre bas salaires et salaires très élevés, avec des relations de classe au sein des entreprises. Et je ne cesse de le répéter : nous sommes tous enfants de Dieu ! Il y en a pour tout le monde », affirme José Teixeira. Laissons donc la parole à l’homme qui, un jour, a rêvé d’un « muzeu ».
Quelle a été la principale motivation qui vous a poussé à aller de l’avant avec la construction de ce musée ?
J’ai toujours eu l’idée kantienne de faire ce qui est juste. Le devoir en soi, l’impératif catégorique. Nous sommes le produit de ce que nos travailleurs produisent, mais aussi de la ville où nous vivons, de la polis. Autrement dit, en ce qui concerne la richesse que nous construisons, nous avons deux options :
Nous pouvons répartir ces fonds entre les travailleurs, en leur accordant des primes, ou nous pouvons investir dans divers domaines, comme le mécénat scientifique, social ou universitaire. C'est une idée qui s'inscrit dans l'éthique pratique de Peter Singer, selon laquelle il y a toujours quelque chose de plus important qu'autre chose dans la perspective de la maximisation du bien commun. Pourquoi investir dans l’opéra alors que tant de gens meurent de faim ? Pourquoi investir dans la promotion d’un recueil de poésie qui n’aura que 50 lecteurs ? Et pourquoi créer un musée alors que nous pourrions résoudre le problème du logement pour toute une série de familles ? En suivant ce raisonnement, il n’y aurait jamais d’opéra, jamais de musée, pas de littérature, pas de philosophie, et jamais de cigales. J’ai voulu laisser mon empreinte liée au beau et au pouvoir de la beauté dans l’Humanité. L’Humanité a toujours été liée à trois axes : le bien, le beau et la vérité. La beauté est homéostatique.
Ouverte à tous, démocratique, dans la perspective du beau qui réside dans le regard de celui qui voit, sans politique du goût. La place de cette pensée est le musée, car il possède cet aspect de mémoire.
Le musée, c'est bien plus que cela aussi.
Il est évident que nous avons voulu aller bien plus loin et nous engager dans l'action sociale, discuter du rôle des musées sous l'angle de la transformation, de cette possibilité que le musée nous offre de préserver la mémoire et d'agir, en rendant à la société ce que nous tenons grâce à elle. Je pourrais toujours dire :
je paie mes impôts, donc je n’ai rien d’autre à faire. Mais je comprends qu’il existe un contrat, au-delà de ce contrat avec l’État, qui est le contrat avec la communauté. Il n’est pas écrit, mais il découle de cette idée que nous sommes tous enfants de Dieu.
Quelle est la principale mission culturelle et philosophique du musée ?
Nous voulons que l'art soit un outil, qu'il touche les gens. Je ne suis pas partisan de l'herméneutique de l'art, du contenu, de l'idée que l'art doit être interprété. L'art doit être ressenti. Il faut le regarder d'un œil nouveau, et ce regard neuf, cette nouvelle perception, sont source de transformation d'un point de vue individuel. C'est là le rôle du musée. C'est comme si je me rassasiais au musée, je me rassasiais de beauté. Et ensuite, rassasié, je partage cela avec les autres. Quel doit être le rôle des entrepreneurs dans la construction culturelle d'une ville ? Et quelle relation doivent-ils entretenir avec l'État dans ce domaine ?
Tout ne relève pas de la compétence de l'État, au sens où l'on pourrait penser que, parce que nous payons des impôts, tout devient de sa responsabilité. Même si je suis partisan du rôle de l'État en tant que régulateur, avec sa présence dans la santé, l'éducation et les structures absolument essentielles au rééquilibrage. Je ne suis absolument pas partisan du néolibéralisme ni de laisser la régulation aux marchés, car lorsque les marchés échouent, tout retombe sur l’État. Ou alors, tout se retrouve devant la porte de l’hôpital et devant la porte de l’école. Pas d’argent, pas d’accès. En même temps, le fait que nous, entrepreneurs, payions des impôts ne nous décharge pas de notre responsabilité d’appartenir à la collectivité et à la communauté. Les entrepreneurs sont très peu nombreux ; la grande majorité, ce sont les travailleurs. Nous devons comprendre que nous vivons dans une communauté où l’idée de la philosophie originelle que nous poursuivons est celle d’une vie meilleure pour tous. Le musée nous aide à nous offrir cela. Il est évident que nous n’allons pas pêcher tout le monde en même temps. Le musée est aussi une sorte de filet de pêche dans lequel nous choisissons le fil, le liège, l’espacement pour pêcher des pêcheurs, en reprenant ici une idée du père António Vieira. Où est-ce que je veux pêcher des pêcheurs ? Vers la beauté, vers la vérité, vers la communauté, la compréhension, l’humanisme, la compassion. Pour reprendre une idée biblique : mets-toi à la place des autres. Si cela reste toujours présent à l’esprit, cela ne nous sortira pas de la mémoire. Car la biologie, et l’économie a une certaine biologie, est très égoïste, utilitariste et protectionniste. Nous devons disposer de mécanismes pour contrer l’ordre biologique, car l’ordre biologique nous conduit vers un individualisme qui est dangereux pour la société.
Est-ce là un moyen de rapprocher Braga de la ville cosmopolite que vous aviez imaginée ?
Je dis toujours qu’un travailleur cultivé est un travailleur bien plus compétitif. Et António Lobo Antunes a cette célèbre phrase selon laquelle un peuple qui lit ne sera jamais un peuple d’esclaves. Cette idée de l’esclave au travail peut se traduire par celle d’un travailleur obéissant. Un travailleur qui obéit, c’est le chaos dans une entreprise. Je veux un travailleur libre. Jacques Rancière a écrit un livre absolument extraordinaire, que je prône beaucoup ici à la DST, intitulé le Spectateur émancipé. Je veux des personnes émancipées, des travailleurs dotés d’un esprit critique. Comment y parvenir ? Grâce à la culture, à la littérature, à la lecture, à la poésie, au théâtre. Hier encore, nous avons organisé ici une soirée José Saramago pour nos travailleurs, avec un spectacle. Au Teatro Circo de Braga, depuis 20 ans, nous disposons d’une loge de 40 places pour nos travailleurs. Nous mettons beaucoup l'accent sur la culture en tant qu'instrument de liberté, de compétitivité et de productivité. La ville devient beaucoup plus cosmopolite car elle attire davantage de monde. Le musée va jouer ce rôle, car une ville de cette envergure, qui est la troisième ville du pays, ne disposait pas d'un musée d'art contemporain. Tout comme elle ne dispose pas, par exemple, d'une école des arts. Et sans ces communautés artistiques, sans cette effervescence, cette agitation... L'Université du Minho possède un pôle à Guimarães et un autre à Braga. Guimarães a le théâtre, les beaux-arts, le dessin, l'architecture. Il nous reste cet espace à combler à Braga. Et c'est un projet que, un jour, si Dieu le veut, nous mettrons en œuvre : créer un espace dédié aux arts lié au cinéma, à la photographie et à la télévision, par exemple. Une ville cosmopolite est une ville bien plus compétitive, bien plus harmonieuse et tolérante, qui accueille des gens de tous horizons. Le cosmopolitisme s’accompagne d’une certaine vision du monde, il nous fait décoller du sol et nous place dans une position qui nous permet de voir les choses d’un œil nouveau. Au ras du sol, on ne parvient pas à voir les choses sous un jour nouveau.
La ville a déjà beaucoup changé avec l'arrivée de nombreux immigrants.
Cette diversité de cultures et d'origines est très stimulante. L'économie est dynamisée par de nouvelles façons de voir, de faire et de penser.
La phrase choisie pour l’exposition inaugurale du musée, « Soyons réalistes, exigeons l’impossible », définit-elle la position idéologique du musée ?
Dans « Quand viendra le printemps », d’Alberto Caeiro, il y a un vers qui dit : « La réalité n’a pas besoin de moi. » L’idée de « soyons réalistes » est ce défi :
Nous regardons la réalité en face : elle existe, que cela te plaise ou non. Ce n’est pas parce que tu ne l’aimes pas que tu peux la changer. Nous vivons aujourd’hui dans une réalité marquée par de grandes tensions, par un profond déséquilibre humain, entre pauvreté et richesse. La ville comporte des quartiers pauvres, des quartiers riches ; les villes sont pleines de murs, qui peuvent être diaphanes, presque transparents, mais ils existent bel et bien. Ce sont des murs sociaux qui brisent les relations entre les uns et les autres. Ce travail doit être fait : celui de briser ces murs. Il faut s’interroger sur le rôle de l’architecture. Un architecte ne peut pas se permettre de perdre l’intérêt qu’il porte au dessin lorsque la maison est destinée à un pauvre. Au contraire, il doit faire preuve d’une attention bien plus grande si la maison est destinée à un pauvre et tenir compte du fait que la beauté doit être accessible à tous pour qu’il y ait ensuite ce processus de transformation.
En quoi l’architecture de José Carvalho Araújo contribue-t-elle à l’expérience de la collection ?
Zé est de ma génération et nous avons étudié ensemble pendant l'année préparatoire. Jean Nouvel, qui est l'un des lauréats du prix Pritzker, a désigné les cinq architectes portugais les plus importants, et José Carvalho Araújo en fait partie. J'aime beaucoup son dessin et, comme il me connaît bien, il me laisse participer à la discussion sur le dessin sans que cela n'enlève rien à sa paternité. C'est différent de dessiner ce musée pour la DST et de dessiner pour n'importe quelle autre entité. Il faut qu'il y ait ici une sorte de psychanalyse, disons, une rencontre. J'aime les choses ascétiques, épurées, harmonieuses. Cet architecte m'apporte de l'équilibre. Et en plus de très bien dessiner, c’est aussi un designer. À partir de petites choses, il fait de grandes choses. Il a compris notre histoire, il connaît notre éthos, notre nature. Sur ce campus, aujourd’hui, outre José Carvalho Araújo, nous avons ici Norman Foster, Souto Moura, nous avons Siza, mon Dieu ! Quand il arrive ici… Nous ne pouvons pas tomber dans l’idée de la banalité du bien, émerveillez-vous ! L’art est un outil, tout comme la philosophie, tout comme la poésie, ce sont des outils de l’émerveillement. Nous avons ici un espace appelé « Tout est théâtre » parce que le théâtre, c’est ça, il a besoin de démocratie.
Vous avez parlé des différents murs transparents… Il y a là une pièce intéressante, venue des États-Unis, qui fait allusion au mur à la frontière avec le Mexique…
Ce qu’on ne peut ni dominer, ni s’approprier, ni coloniser, c’est l’imagination. Un mur a été érigé entre le Mexique et les États-Unis, et soudain, on s’est dit : « Et si on installait une balançoire entre les murs, avec des enfants mexicains et américains qui jouent ensemble ? » Que nous dit l’art ? Ils peuvent construire tous les murs qu’ils veulent, mais ils ne nous séparent pas. Aucun mur ne sépare la pensée.
En quoi le musée entend-il influencer et ne pas être une institution neutre ?
La neutralité m’irrite profondément. La neutralité morale ou ce qu’on appelle la fatigue de la compassion. L’inaction du « je ne peux pas aider tout le monde, alors laissez-moi tranquille ici, assis sur ma chaise ». La neutralité morale, c’est ne pas prendre de risques, c’est la pure lâcheté de ceux qui sont des funambules, mais dont la corde est près du sol. Ils ne peuvent que trébucher dessus, mais ne courent jamais le risque de tomber. Je m’intéresse à prendre parti, à la politique en soi et à l’idée du « maintenant », qui est un espace de rencontre ici, au musée. L’espace de la polis est là pour que nous l’occupions tous, et non pour rester sur le canapé à mettre un « j’aime » et à dire que c’est bon, que j’ai déjà fait, que j’ai déjà pris ma position politique avec un « j’aime » depuis le canapé. Non. Je dois parler à mes voisins, faire partie de la copropriété, d’une association, des activités de la paroisse, m’intéresser à d’autres associations philharmoniques, de musique, de théâtre, de culture, de politique, de sport… Prenez position, montez sur scène, soyez libres. Comment bien voter ? Plus on en sait.
Nous allons organiser un cycle consacré à la politique, car nous estimons que celle-ci est très malmenée. Ce cycle, qui se tiendra au musée, aura pour mission, dans un premier temps, d’aborder la Constitution, sous la coordination de José Pacheco Pereira. Nous parlerons de la loi fondatrice et verrons ce qu’elle signifie. Plus nous sommes informés, plus nous avons de connaissances et plus notre réflexion est approfondie, mieux nous votons. C'est aussi une fonction sociale. Je ne veux pas être l'éducateur du peuple, mais je veux poser des questions pour éveiller la curiosité.
Quelle est votre relation avec l'œuvre du sculpteur allemand Anselm Kiefer, que vous avez choisie pour l'espace permanent du musée ?
Je connais son œuvre depuis de nombreuses années, mais je n’avais pas les moyens d’acheter des œuvres de Kiefer, qui est aujourd’hui l’un des artistes vivants les plus chers. Mais je l’ai choisi parce que, outre cette idée que la beauté réside dans le regard de celui qui voit et que mon regard s’accorde beaucoup avec son œuvre, c’est un artiste qui prend beaucoup de risques et qui provoque. Son art se prête à la contemplation, ce qui est différent de l’interprétation. Ensuite… Eh bien, j’ai voulu ouvrir un musée à Braga avec une dimension internationale. Or, c’est un peu ce qu’a fait le Guggenheim de Bilbao en invitant Richard Serra, avec cette œuvre absolument extraordinaire en acier, qui nous pousse à nous interroger : comment est-ce possible ? Cela finit par être un point d’ancrage, qui produit un effet d’entraînement, attirant les amateurs d’art qui viennent voir Kiefer à Braga. Il sert donc ici de moteur pour les autres artistes, d’appât, d’appât qui incite les gens à aller voir les autres artistes aussi. Certains sont même des artistes émergents qui font partie de ma collection. Il y a ici, par exemple, Alberto Péssimo, un homme qui a beaucoup influencé ma vie et qui est même mon parrain de mariage. Nous avons ici cinq de ses œuvres et seul Kiefer en a davantage.
Ces œuvres de Kiefer proviennent-elles de votre collection ?
Oui, la collection m'appartient en grande partie, mais elle comprend également quelques pièces de la DST. Le campus de la DST abrite déjà des œuvres d'art, ainsi qu'une architecture remarquable, de la littérature, de la philosophie, une école… Qu'est-ce que l'école DST ? C'est une synthèse des principes fondamentaux du lycée d'Aristote, de l'Académie de Platon, du portique des stoïciens, du jardin des épicuriens, de l'école de Francfort de Habermas et de Theodor Adorno, de Harvard, et même de l'école autrichienne de Friedrich Hayek... Je vais en extraire des bribes, qui constituent une sorte de Sermon sur la montagne, l'éthique des principes fondamentaux. Et c’est à partir de cette réunion des vertus propres à chaque école que nous construisons l’école DST. Et cela fait partie de ce que j’appelle aujourd’hui l’effet DST. Ne craignez-vous pas que l’art difficile et provocateur de Kiefer puisse aussi avoir pour effet d’éloigner le public ? C’est une bonne question avec laquelle je vis depuis de nombreuses années ici, au sein de l’entreprise. Je ne sers pas le pain et le beurre à n'importe qui, je ne propose pas des choses faciles. J'y propose des cours de philosophie depuis sept ans, chaque semaine, où nous étudions les auteurs les plus complexes, les phénoménologues, l'esthétique philosophique d'Adorno, dont l'un des livres est parmi les plus compliqués et les plus difficiles ; Wittgenstein, dont nous avons étudié le langage, et tous les travailleurs comprennent. Les gens aiment les choses difficiles, c’est un défi. C’est la même chose avec l’art. Je ne veux pas de choses simples, de choses évidentes, déjà épluchées. Je veux des choses qu’il faut dépouiller, et c’est un travail qui fait appel à une sensualité que chacun possède et peut exercer. Quelle œuvre ou quel artiste a changé votre façon de penser ? Kandinsky. Il a donné un cours en 1931, à la veille de la fermeture du Bauhaus, dans lequel il lance un défi à ses élèves : écoutez la Neuvième Symphonie. Parce que je recherche l’invisible dans son art. Et l’invitation à l’invisible. Ce qui compte, c’est la métaphysique, ce qui se trouve au-delà de la physique, au-delà de ce que nous entendons, au-delà de ce que nous voyons. Si nous portons ce regard, qui est un regard nouveau, sur des choses qui existent déjà. Et je choisis aussi O Alberto Péssimo parce que je ne me passe jamais du commencement. J'ai commencé à collectionner des sérigraphies et des lithographies offertes par des artistes qui travaillaient ici avec la Compagnie de théâtre de Braga. C'est pourquoi, aujourd'hui, chaque année, je fais éditer deux lithographies et sérigraphies d'artistes que j'invite et que j'offre à tous les employés. Pour qu’ils puissent eux aussi avoir une collection d’art comme celle que j’avais. Ensuite, la première œuvre que j’ai eue m’a été offerte par Péssimo lors de mon mariage, puis une autre que j’ai échangée contre un portail il y a 40 ans. Ces débuts comptent. On ne doit jamais oublier ses débuts.
Comment votre goût pour l’art est-il né ?
En réalité, tout a commencé avec la camionnette de la Fondation Gulbenkian, grâce à la lecture, qui m’a permis de m’épanouir librement, et mon entrée chez les scouts, qui m’a donné accès au théâtre. Ensuite, ma relation avec le théâtre m’a rapproché des artistes. J’ai toujours eu, d’un point de vue biologique, un besoin d’équilibre, et je suis très sensible aux symétries. C’est une question d’esthétique.
Les connexions chimiques et électriques de certains neurotransmetteurs s’établissent avec la beauté, avec le sexe, avec l’alcool et avec la drogue. Ce sont les mêmes connexions. Les neurotransmetteurs du bonheur s’associent à la possibilité d’entendre un beau poème, de voir une œuvre d’art. C’est la biologie à l’œuvre. L’art a ce rôle et cette beauté, si vous voulez. C’est pour cela qu’il existait déjà dans les cavernes. On voulait imiter quelque chose.
Le risque dans l'art est-il comparable à celui des affaires, ou s'agit-il de deux choses complètement différentes ?
Dans l'art, le risque de se tromper n'entraîne pas de conséquences graves. En revanche, en économie, lorsque j'adopte une approche utilitariste et que je ne partage pas, ce risque fait que les travailleurs ne s'attachent pas à moi, qu'il n'y a pas d'empathie, qu'il n'y a pas de communauté ici. Et l'économie, parfois, ressemble vraiment à un hippodrome où nous courons les uns contre les autres. La méritocratie en soi nous pousse fortement vers la tentation de l'individualisme. Mais le risque pour celui qui regarde l'art se résume à se rendre dans un musée ou une galerie et à dire qu'il n'aime rien de tout cela.
Comment un musée peut-il encore exercer une influence et contribuer à faire avancer le débat et la réflexion ? Nous vivons dans une société polarisée et centrée sur les réseaux sociaux…
C'est un musée de la pensée et de l'art contemporain ; nous voulons avoir cette opportunité, dans ce monde polarisé, dans ces villes pleines de fractures et de cicatrices, à partir de la discussion, à partir de la conversation, d'arriver à l'éthique du minimum, de prendre un point de l'un et de l'autre et de faire une synthèse de cette dialectique. Pouvoir promouvoir une grande conversation, la recherche de la compréhension et de l'entraide. L'idée de voisinage est en train de disparaître. Le musée aura aussi ce rôle de provocation et d’apaisement, de réduction du cortisol lié à la confrontation, au litige, à la polarisation. La polarisation est un refuge dont se servent les radicaux pour ne pas discuter, pour mettre fin à la conversation. Ce sont de grands dogmes, mais ils n’ont même pas de pensée philosophique structurée sur le dogme. C’est purement et simplement l’irritation, la colère, la rage. Faisons ici un exercice de respiration, de silence, où nous ne cherchons pas la réponse que je vais donner. C'est quelque chose qui me séduit, mais je sais qu'une grande partie de cette graine tombera parmi les pierres et sera piétinée. Mais nous ne devons pas renoncer à faire ce qui est juste. Comme créer un musée physique, et non numérique. Où nous devons être présents, les uns avec les autres. La dimension physique m’intéresse beaucoup. Dans un musée virtuel, je n’utilise pas tous mes sens. Si nous devons choisir entre croissance économique et développement culturel, à laquelle donneriez-vous la priorité ? Le développement culturel permet la croissance économique. En revanche, la croissance économique sans développement culturel n’est pas possible. C’est une question d’arithmétique, ça ne fonctionne pas. Si nous n’avons pas la formation et les connaissances nécessaires pour faire fonctionner une machine, cette machine ne sert à rien. Croyez-vous toujours que la culture peut sauver l’économie ou cette idée est-elle devenue plus difficile à défendre ? Au contraire. Je crois de plus en plus que la culture peut sauver l’économie car elle rend les travailleurs plus compétitifs, rend les relations sociales plus équilibrées, réduit le classisme, nous rend beaucoup plus proches les uns des autres. Il y a là une possibilité que la culture doit encore réaliser. Il y a un vers de Tolentino de Mendonça, dans le poème « Sexta-feira Santa » : « Dieu n’a pas encore fini. » v visao@visao.pt Les idées de l’entrepreneur qui a créé un musée d’art contemporain à Braga.
La neutralité m'irrite profondément. Cette inaction qui consiste à dire « je ne peux pas aider tout le monde, alors laissez-moi tranquille ici, assis sur ma chaise ».
Plus qu’une simple façade. La sortie du tout nouveau Muzeu, à Braga, et une œuvre de l’artiste londonien Julian Opie.
Corps, poésie et protestation ? Thème choisi pour le premier étage, où sont exposées des œuvres d’Alberto Péssimo ; et Helena Mendes Pereira, directrice et conservatrice du musée.
DST : cette entreprise unique en son genre figure parmi les plus grands groupes de construction du pays et mise fortement sur les domaines culturels. DST est l'acronyme du nom de son fondateur, Domingos da Silva Teixeira, qui a bâti un empire à partir de l'extraction de granulats dans une carrière. Et c'est littéralement à partir de la pierre que le groupe est devenu l'une des grandes entreprises de construction nationales d'aujourd'hui, se distinguant depuis longtemps comme une entreprise unique en son genre en ce qui concerne les relations entre associés et travailleurs. Domingos da Silva Teixeira a fourni des matériaux pour la construction du stade 1.0 de Maio et a pavé de nombreux trottoirs à Braga jusqu’à la création de la société Domingos da Silva Teixeira & Filhos, Lda., en 1984. À la pierre et au béton s'ajoutera la littérature, en 1995, avec la création du Grand Prix de littérature DST. L'entreprise s'est développée, est devenue une holding, s'est diversifiée dans d'autres domaines tels que la métallurgie et a créé le campus DST à Pitancinhos, Braga, un espace de plus de 100 hectares où, au fil des ans, l'accent a été mis sur les arts. Il comprend trois pavillons conçus par des architectes de renom, tels que Siza Vieira, Souto de Moura et Norman Foster, et est traversé par des jardins agrémentés de sculptures, comme le Mémorial du travail des enfants, de José Pedro Croft, ou la chapelle de l'architecte Nuno Capa. C'est un environnement inspirant pour les quelque trois mille employés, qui ont également accès à une « école de pensée », où sont dispensés des cours de philosophie ou de neurosciences, par exemple. Aujourd'hui, le groupe DST possède des entreprises dans des domaines d'activité bien au-delà de l'ingénierie et de la construction, opérant dans des secteurs tels que l'environnement, les télécommunications, la mobilité et l'immobilier. Dirigé par José Teixeira, fils de Domingos, il continue de se distinguer en tant que mécène artistique, en ouvrant aujourd’hui un grand musée d’art contemporain à Braga.
Je ne fais pas de cadeaux à qui que ce soit. Avec l’art, c’est la même chose. Je ne veux pas de choses simples, de choses évidentes, déjà épluchées
Pourquoi pas moi ? José Teixeira se reflétant dans un miroir situé au siège de la DST
La culture peut sauver l’économie car elle rend les relations sociales plus homéostatiques, atténue le classisme, nous rend beaucoup plus proches les uns des autres
Entre les mondes Œuvres de divers artistes, dont Pedro Cabrita Reis, Ana Vidigal et Vhils